Table Ronde : Pour une nouvelle vision de l’innovation« Notre vision française de l’innovation est en général centrée sur la recherche et l’innovation technologique, analyse Delphine Manceau, professeur de marketing et co-auteur du rapport. La Grande-Bretagne, pour qui le facteur clé de la compétitivité est la créativité, mise avant tout sur l’industrie créatrice (le design, la pub, la mode, le multimédia, l’édition, les jeux vidéos, etc.). En France, on mesure la performance au nombre de brevets. Or, 32% des produits brevetés ne sont pas commercialisés ! Si le brevet démontre la capacité à inventer, il n’est pas un indice fiable de la faculté à innover. » D’où la nécessité de faire évoluer les indicateurs. L’innovation crée la demandeLe rapport invite à adopter une vision élargie de l’innovation, intégrant les innovations de processus et de modèles économiques, la créativité et les nouveaux usages. L’exemple type d’une innovation intégrant toutes ces dimensions est l’iPhone. Un produit plus cher que le téléphone, mais qui se vend (très bien) parce qu’il a su apporter toutes les innovations. « L’innovation crée la demande, l’envie d’acheter ; elle stimule le renouvellement des équipements et les termes de l’échange via de nouveaux modèles économiques (e-commerce). Elle est aussi organisationnelle, source d’évolution des emplois », précise Delphine Manceau. 5 nouveaux indicateurs…Les auteurs du rapport proposent cinq nouveaux indicateurs, déjà utilisés par les entreprises elles-mêmes, pour évaluer la capacité du pays à innover : la part de produits ou services nouveaux ou/et récents dans le PIB, le pourcentage d’entreprises ayant commercialisé des produits et services nouveaux, le nombre de brevets exploités et le nombre de marques françaises parmi les 100 premières mondiales. OSEO, l’agence française de l’innovation pour les PME, appelle à la création de ces nouveaux indicateurs, qui lui permettront d’évaluer les entreprises qu’elle soutient. « L’instrument financier dépend de la nature de l’innovation et donc du risque », complète Laure Reinhart, directeur général délégué d’OSEO. …et 10 pistes d’actionDes mesures récentes - crédit impôt-recherche, pôles de compétitivité, aides à la création d’entreprise, constitution des pôles de recherche et d’enseignement supérieur – vont déjà dans le sens d’une plus grande innovation des entreprises. Le rapport préconise dix nouvelles pistes d’action à destination des pouvoirs publics. La première porte sur l’importance d’un discours public de référence pour faire évoluer les mentalités. « À partir du moment où l’innovation repose sur l’acceptation du changement et du risque, l’Etat apparaît comme un moteur psychologique essentiel, tout comme le directeur général joue un rôle déterminant pour promouvoir l’innovation dans son entreprise », lit-on dans le rapport. Ce discours, attendu par les entreprises elles-mêmes, la Région Basse-Normandie l’a ressenti comme une évidence. « Faire de l’innovation un enjeu fort. Pour cela, nous avons créé une agence régionale de l’innovation – la Miriade – et affecté 5% du budget à la recherche, au développement et à l’innovation », détaille Eric Tardieu, directeur général adjoint de la Région Basse-Normandie. Une « marque Normandie »Propositions 2 à 4 : la création d’un label valorisant les entreprises ayant mis en place des processus favorables à l’innovation, des procédures d’achat public montrant l’exemple et une annexe comptable permettant de valoriser les actifs immatériels développés en interne. Eric Tardieu propose de décliner la 5e piste d’action – affirmer l’image française autour de l’innovation et de la création – au niveau régional en valorisant « une marque Normandie autour de l’innovation technologique, mais aussi du tourisme, de l’économie sociale et solidaire ». Propositions 6 et 8 : des efforts d’exportation des normes européennes dans le monde et la mise en place d’un brevet communautaire. Hélène Salaville, ingénieur pré-diagnostic INPI, rappelle que le projet de brevet communautaire, en gestation depuis les années… 70, a été remis au goût du jour par la présidence suédoise. Enseigner la prise de risqueLa 7e proposition - une politique d’enseignement favorisant la créativité, la transversalité et la prise de risque – réjouit particulièrement Francis Bécard, le président de Rétis. « Nous avons beaucoup de progrès à réaliser dans l’enseignement pour favoriser la créativité dès le plus jeune âge. On enseigne le principe de précaution mais pas la prise de risque. Nous avions déjà proposé le parcours élève-entrepreneur, afin de permettre à l’enfant de capitaliser des projets et pas seulement des connaissances ». Un certain nombre de propositions du rapport figurent d’ailleurs dans le Livre Blanc sur l’innovation de Rétis. Et notamment, la nécessité de « fédérer les acteurs tout en privilégiant les guichets multiples. Ne centralisons pas ! » , prévient Francis Bécard. Les propositions 9 et 10 portent justement sur la simplification des procédures pour faciliter les démarches des entreprises et la création d’un institut de la compétitivité et de l’innovation. La mobilisation autour d’une innovation élargie est engagée.
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